Le sulfate de cuivre nuit-il a la microbiologie du sol
Le sulfate de cuivre : remède… ou poison pour le sol ?
Le cuivre dans le sol : un nutriment indispensable, parfois gênant
Le cuivre fait partie de ces oligo-éléments dont la biosphère ne peut pas vraiment se passer. Plantes, microbes, animaux : tout le monde en a besoin, un peu. Il intervient dans la photosynthèse, la respiration, certaines enzymes antioxydantes—bref, du quotidien cellulaire. Mais, comme souvent, la dose fait le poison : à des concentrations élevées, le cuivre devient franchement toxique pour les organismes vivants.
Historiquement, on l’emploie comme fongicide (la fameuse bouillie bordelaise), preuve que, utilisé à haute dose, il « tue » bien des micro-organismes indésirables. L’usage intensif, notamment en viticulture depuis le XIXᵉ siècle, a parfois conduit à des accumulations de cuivre dans les horizons de surface, d’où une inquiétude assez logique pour la vie du sol et l’environnement. Les règles en agriculture bio ont donc resserré les vis : on est passé d’environ 6 kg de cuivre métal/ha/an à des plafonds proches de 4 kg/ha/an en moyenne, pour limiter les risques écotoxicologiques.
Dit autrement : à faible dose, c’est utile ou neutre ; à forte dose, c’est toxique. Reste à situer le « juste milieu », par exemple pour un apport modéré de sulfate de cuivre d’environ 6 kg/ha/an (≈1,5 kg de cuivre métal) destiné à corriger une carence, vous avez d’ailleurs besoin d’une analyse de terre qui justifie de la carence pour pouvoir l’employer au sol comme correcteur de carence.
Micro-organismes du sol : que fait le cuivre, vraiment ?
Aux fortes teneurs. Dans des sols contaminés, la biomasse microbienne baisse et la diversité fonctionnelle s’appauvrit : la décomposition de la matière organique ralentit, certains grands cycles (carbone, azote…) sont perturbés. Dans des parcelles viticoles au-delà de 100 mg Cu/kg, on observe souvent une chute de l’activité enzymatique et un remodelage des communautés : les espèces tolérantes au cuivre gagnent du terrain, au détriment des sensibles. C’est le visage « poison » du cuivre à haute dose.
Aux doses agronomiques usuelles. Quand on redescend à quelques kg Cu/ha, l’histoire change. Les synthèses récentes ne détectent pas d’effets écotoxicologiques en dessous d’environ 200 kg Cu métal/ha cumulés—qu’il s’agisse d’une application unique ou d’une accumulation progressive. Ce seuil (~50 mg Cu/kg de sol) se situe très au-dessus des pratiques courantes (≈4 kg Cu/ha/an autorisés en viticulture bio). Concrètement, des apports annuels de 4 à 8 kg Cu/ha/an n’ont pas montré d’impact durable et mesurable sur la qualité biologique des sols dans les jeux d’études disponibles. Même en conditions expérimentales « chargées », les communautés microbiennes se révèlent tolérantes jusqu’à ~400 kg de cuivre métal par hectare apportés d’un coup. Ce n’est qu’à des doses très élevées—1 600 à 8 000 kg Cu métal/ha, soit 400 à 2 000 fois l’apport annuel classique !—que les indicateurs (activité, biomasse, respiration) chutent franchement de 30 à 60 %.
Bilan provisoire. Aux doses agricoles faibles (quelques kg de sulfate de cuivre par hectare), le produit ne se comporte pas comme un poison notable pour bactéries et champignons. En corrigeant une vraie carence, il peut même, indirectement, améliorer la santé des plantes—davantage d’exsudats racinaires, plus de résidus—et donc nourrir la vie microbienne. À l’inverse, un apport « pour rien » sur un sol déjà bien pourvu ne fait qu’accumuler du cuivre, et ça, à la longue, c’est une mauvaise idée.
Le rôle décisif du type de sol
Tout ne se passe pas pareil partout. Dans les sols acides pauvres en matière organique, le cuivre reste davantage sous forme d’ions libres (Cu²⁺) en solution : biodisponibilité plus forte, toxicité plus probable. À l’inverse, pH neutre à alcalin + argiles + humus = beaucoup de complexation et d’adsorption du cuivre sur les colloïdes : disponibilité immédiate plus faible, toxicité atténuée.
Deux conséquences pratiques.
1) Sols légers, sableux, acides ou pauvres en humus → prudence : le cuivre y reste plus disponible, donc potentiellement plus toxique.
2) Sols calcaires, argileux ou riches en matière organique → le cuivre apporté est surtout immobilisé dans les 10–20 cm supérieurs (peu de lessivage), avec une remise en disponibilité lente ; risque aigu moindre, mais accumulation possible à long terme dans cette couche très vivante.
Dans les vignes anciennement traitées, on mesure souvent 50–150 mg Cu/kg dans les 20 premiers centimètres sans « mort du sol » : adaptation partielle des communautés. Des effets subtils persistent toutefois (activité enzymatique abaissée, composition modifiée) et, parfois, on dépasse les seuils écotoxicologiques mentionnés plus haut.
Conclusion : le sulfate de cuivre, poison ? Pas aux doses raisonnables
À la question « Le sulfate de cuivre empoisonne-t-il le sol ? », la réponse courte est non—pas quand on l’emploie pour corriger une carence avérée et qu’on reste sur des doses raisonnables. Des apports de 5–6 kg de sulfate de cuivre par hectare et par an (≈1–2 kg de cuivre métal), pratiqués uniquement quand le diagnostic le justifie, n’occasionnent pas de dégâts significatifs sur les communautés microbiennes selon les synthèses disponibles. On demeure très en-dessous des niveaux identifiés comme toxiques pour la biodiversité des sols. Et la biologie du sol montre une vraie capacité d’adaptation.
Le cuivre devient un problème surtout en cas d’abus : traitements répétés pendant des décennies, sans suivi, qui finissent par saturer l’horizon de surface. Si le sol dispose déjà d’assez de cuivre, mieux vaut s’abstenir—sinon on accumule pour rien et on s’approche, doucement, des zones à risque. En présence d’une carence, en revanche, un apport modéré est un levier agronomique plutôt sûr pour la santé des cultures… et du sol. Bonne pratique : respecter les doses, suivre l’évolution des teneurs (analyses périodiques), ajuster la fertilisation.
https://www.frontiersin.org/journals/plant-science/articles/10.3389/fpls.2018.01906/full

